Du grand n’importe quoi: la « grève » des étudiants et lycéens

Publié par Thomas le 22 nov 2007 dans Actualités, Politique |

Aujourd’hui, de retour de la Sorbonne, je me suis retrouvé piégé en plein milieu de la « grève » des étudiants, boulevard St Michel. Après avoir resisté aux multiples autocollants CGT, FO, anarchistes… dont on a voulu m’affubler et aux appels « camarade-étudiant avec nous ! on va tout faire péter », j’ai réussi laborieusement à m’extraire du cortège…

Voici quelques photos suivies de quelques réflexions sur cette « grève ». Vous en trouverez plus sur mon Flickr

112207_153720.jpg
Non, ce n’est pas une troupe de cirque de rue mais des étudiants…

112207_153921.jpg
Dans les slogans, plus c’est gros, plus ça passe….

112207_154050.jpg
Comment sécher les cours et s’amuser un peu: faire la grève…

112207_154001.jpg
C’est sûr qu’à 12 ans, on a peur de la loi Pécresse…
« euh au fait, c’est qui Pécresse ? » (citation véridique entendue dans le cortège)

112207_154553.jpg
ça occupe les policiers mais… ne seraient-ils pas plus utiles ailleurs ?

 

Vous l’avez compris, je trouve cette manifestation des étudiants totalement ridicule. Que prévoit la loi Pécresse ?

Le texte de la loi est disponible sur Légifrance: http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=ESRX0757893L

Les principales dispositions de la loi visent à rendre l’université plus compétitive face aux grandes écoles et aux institutions étrangères. Si la France veut garder une place de choix, d’ailleurs de plus en plus érodée au fil des classements internationaux, elle n’a d’autre choix que de réagir et de s’adapter aux exigences du monde moderne. Les étudiants français, qui n’y comprennent rien du tout, refusent des changements qui visent in fine à transformer l’université d’usine à chômeurs à celle d’organisme de formation répondant à la demande de travail de la part des entreprises.

Alors, quelles sont donc les dispositions qui mettent tout le monde dans la rue ?

Tout d’abord, il y a la réduction du nombre des membres du Conseil d’Administration de chaque université qui comprendra entre 20 et 30 personnes. Le conseil d’administration a un rôle remodelé par la loi. Il définit tout d’abord la politique de l’établissement, vote le budget annuel et approuve les comptes. Il fixe, dans le respect des priorités nationales, la répartition des emplois qui lui sont alloués par les ministres compétents. Il autorise le président à engager toute action en justice. Il approuve les accords et les conventions signés par le président, l’acceptation de dons et legs, et les acquisitions immobilières. Il exerce le pouvoir disciplinaire en premier ressort, via une « section disciplinaire » élue en son sein. Enfin, il élit le président de l’université qui sera doté de pouvoirs plus larges. Selon le communiqué du conseil des ministres du 4 juillet 2007,  » [élu] pour un mandat d’une durée de quatre ans, renouvelable une fois, détenteur de l’autorité en matière de gestion et d’administration de l’université et disposant d’un droit de regard sur toutes les affectations prononcées dans l’établissement, [le président] doit s’imposer comme l’animateur d’une équipe de direction cohérente et le porteur du projet d’établissement ».

Ici, les craintes des étudiants sont totalement injustes et infondées. Le reproche le plus fréquent concerne l’immixtion de l’entreprise au sein de l’université. Horreur suprême: des patrons pourraient faire parti du conseil d’administration ! Et alors ? il ne faut que s’en réjouir ! tout d’abord c’est ainsi que fonctionnent la très grande majorité des universités étrangères. Ensuite, l’appui des entreprises est le bienvenu: comment ajuster l’offre si on ne connaît pas la demande ? L’arrivée de personnes du monde du travail permettra peut-être de corriger de véritables gabegies que sont devenus certains départements: à quoi cela sert-il de former des milliers d’archéologues chaque année si ce n’est à créer autant de chômeurs ? On pourrait citer de très nombreuses spécialités vers lesquelles on oriente des lycéens et qui n’auront d’autre avenir que les queues interminables de l’ANPE. Vous voulez quelques noms ? histoire, lettres, philosophie, sociologie, etc. Ces filières forment des profs qui enseigneront à des futurs profs et ainsi de suite… le cercle vicieux est bel et bien enclenché. Je vois des étudiants à la télé qui rétorquent qu’ils ont le « droit » d’étudier leur « passion ». Mais, chers amis, bien heureux sont ceux qui font de leur passion un métier. il faut savoir être raisonnable et responsable. Si un étudiant se passionne pour la philosophie, rien ne l’empêche de lire, de débattre, d’assister à des conférences… et d’écrire. L’arrivée de l’entreprise permettra peut-être de corriger ces travers. Personnellement, je préfère que davantage de moyens soient mis à disposition des facs de médecine pour que le numérus clausus soit augmenté et qu’on puisse former plus de médecins dont on manque cruellement et qu’on recrute à l’étranger dans des conditions inacceptables.

Un autre grief fréquent concerne la soit-disant « perte d’indépendance » des professeurs d’université, garantie d’ailleurs par le Conseil constitutionnel. C’est là faire une belle insulte à ces professeurs. Ce n’est pas parce que le PDG de tel entreprise deviendra membre du conseil d’administration de la Sorbonne que tous les professeurs vont se mettre à vénérer la société et ses dirigeant en n’en disant que du bien ! Les grandes écoles sont sponsorisées par diverses sociétés, parfois aux intérêts contradictoires, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles ne sont pas très actives dans la définition du contenu des programmes. Elles laissent cela aux spécialistes et ne demandent aucun ajustement. Elles sont content de parrainer certains masters, offrent des stages et font des présentations. Les étudiants ont donc tout à y gagner: des stages, des emplois, des moyens pour mieux étudier (par exemple la mise en place d’un bon réseau WiFi payé par un sponsor). Leurs revendications sont donc ridicules et dénuées de fondement.

Ensuite, une nouvelle procédure de recrutement des personnels enseignants, plus rapide, sera mise en place dans le but de permettre une gestion plus réactive des emplois. Les universités auront une plus grande liberté budgétaire pour agir en matière de ressources humaines et de gestion de leur patrimoine, notamment immobilier dont elles pourront devenir pleinement propriétaire.

Là encore, on a du mal à voir ce qui gène les étudiants? Avoir de meilleurs profs ? Tout le monde sait que le recrutement actuel est basé sur un système archaïque qui favorise le copinage. Une université qui voudrait recruter un enseignant de renom aura beaucoup de mal à lui faire une offre. Le système actuel permettra aux universités d’attirer les professeurs de talent par des offres attrayantes et de constituer de véritables équipes pédagogiques spécialisées. Ceci est d’ailleurs à mettre en relation avec le fait que la loi Pécresse permettra aux étudiants de s’inscrire dans l’université de leur choix: ainsi les étudiants pourront aller là où sont les meilleurs enseignants. cela tirera le système par le haut en instillant une véritable émulation entre universités et favorisera la mise à l’écart des mauvais enseignants qui dans le système précédent étaient assurés de pouvoir sévir pendant 40 ans sans problème.

La loi prévoit en outre que le caractère national des diplômes et la fixation des droits d’inscription par arrêté du ministre sont maintenus.

Il est donc totalement incompréhensible de voir les étudiants manifester par crainte d’une hausse des frais d’inscription ! La loi dit l’inverse ! Par ailleurs, concernant la soit-disant sélection à l’entrée, elle est totalement absent de la loi qui indique juste qu’un dossier de pré-inscription devra être obligatoirement déposé par les futurs bacheliers, mais ils recevront en retour uniquement un avis consultatif. Cela permettra peut-être de dissuader certains de se lancer dans un long cursus alors qu’ils n’en ont manifestement pas les capacités.

Enfin, l’orientation et l’insertion professionnelle sont expressément rangées parmi les missions du service public de l’enseignement supérieur.

Là encore, c’est très mal et ça menace l’université française…


Signalons enfin que le gouvernement va faire un effort financier sans précédent en faveur des universités en augmentant leurs budgets de 300 millions d’euros.

Bref, les manifestants sont soit complètement idiots, soit complètement manipulés par des membres de l’extrême gauche… Comme souvent, la vérité réside sans doute entre les deux !

Technorati Tags: , , , , ,

Mots-clefs :, , , , ,

Répondre

Copyright © 2012 Thomas’ Blog. Theme signé Laptop Geek. Traduction WordPress tuto.