C’est aussi pour ça que je suis devenu avocat…

source: http://sarkopitheque.wordpress.com/
J’ai enfin obtenu mon CAP d’avocat, le CAPA ! Comme tout CAP, les études sont un mélange de pratique et de théorie et presque tout le monde réussit l’examen final… Mais les études pour devenir avocat ne sont pas le sujet de ce post.
Non, je veux témoigner ici de quelque chose de plus grave.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, quelques mots sur le contexte….
Une fois le CAPA obtenu, le futur avocat doit rencontrer un « rapporteur », généralement un ancien membre du Conseil de l’ordre, qui, après avoir rappelé certains grands principes de la profession au jeune impétrant, remplira un formulaire certifiant de la moralité et de l’aptitude de son futur confrère à exercer comme avocat. Une fois ce formulaire rempli, le dossier d’inscription est retourné au Conseil de l’Ordre et le futur avocat est enfin autorisé à prêter serment. La rencontre avec un rapporteur est donc un passage obligé pour tout avocat en devenir.
Le hasard a voulu que mon rapporteur soit une avocate pénaliste de Montmartre, Me Nicole Marxon-Milhaud. Je lui ai rendu visite à son cabinet mercredi 17 octobre afin qu’elle remplisse le fameux formulaire … Nous avions rendez-vous à 17H.
Je me suis présenté à l’heure dite à son cabinet, à deux pas du Sacré-Coeur et nous avons commencé à discuter de la relation entre l’avocat et son client. Me Marxon-Milhaud m’expliquait que certains de ses clients avaient essayé de la rendre complice de véritables manipulations judiciaires et que l’avocat devait à tout prix refuser de se laisser instrumenter. J’écoutais avec attention ces sages paroles quand la secrétaire fit irruption dans le bureau de mon rapporteur: « Maître, on a une urgence, deux de vos clients sont là et … des policiers aussi… » Sur ce, nous sortîmes tous du bureau et là….
Avant de continuer, il faut que je vous donne quelques mots d’explication sur les deux clients en question. Nous les appellerons Eric et Patrick. Il s’agit de deux SDF ayant construit un abris de fortune, passage des abbesses, à deux pas du Sacré Coeur. Du coeur, ils en ont aussi un sacré puisqu’ils accueillaient dans leur abris des personnes en détresse comme eux. Des habitants du quartier leur avaient donné un réchaud, quelques vivres et des couvertures. Mais voilà, d’autres habitants ne l’entendaient pas cette oreille et ne voulaient pas de cette tente géante au pied de leur immeuble…. La mairie avait donné aux deux sans-abris jusqu’à la fin du mois de novembre pour partir, étant précisé que d’ici là la police les laisserait tranquilles… la trêve fut plus courte que prévu puisque le 17 octobre au matin une dizaine de policiers faisaient irruption passage des abbesses et détruisaient l’abris de nos deux SDF. Les coups de matraque pleuvèrent, le contenu de la tente fut presque intégralement détruit par les forces de l’ordre qui brisèrent entre autre le réchaud et le téléphone portable de Patrick.
Ecoeurés, nos deux SDF errèrent dans le quartier avant d’essayer de récupérer ce qui pouvait l’être, passage des abbesses… C’est alors que des habitants auraient appelé la police pour leur signaler que des voleurs étaient en train de forcer une voiture et de ramasser des objets sur le sol… Vite arrivés, les forces de l’ordre identifièrent aussitôt Eric et Patrick qui n’essayaient pas de « voler une voiture » mais tentaient juste de ramasser ce qui restait des destructions du matin. Patrick, en particulier, voulait absolument retrouver la carte SIM de son téléphone portable pour récupérer le numéro de sa soeur, son seul contact familial qui habite dans le sud de la France. En vain.
Voyant cela, les policiers décidèrent de suivre nos deux compères, en se disant qu’ils allaient sans doute rejoindre d’autres SDF et qu’ils pourraient alors procéder à une arrestation groupée, très bonne pour les statistiques. Pas de chance, Eric et Patrick se rendaient chez leur avocate, Me Marxon-Milhaud… Qu’à cela ne tienne, nos zélés barbouzes ont alors décidé de les coffrer directement chez l’avocate !
Lors que nous sommes sortis du bureau, les 2 SDF et les 3 policiers étaient rentrés dans la salle d’attente de Me Marxon-Milhaud. Tout le monde était très énervé et les 2 SDF criaient haut et fort leur déception d’avoir été trompés par la mairie leur ayant promis un mois de répit. Les policiers se la jouaient Robocop et nous considéraient tous comme autant d’entraves à la bonne exécution de leur mission de maintien de l’ordre. Je tiens à préciser qu’à aucun moment je n’ai entendu les 2 SDF insulter la police. Ils étaient remontés, parlaient très fort mais sont restés corrects dans leurs propos.
Après une bonne dizaine de minutes pendant lesquelles Me Milhaud a tenté de jouer la médiatrice entre les policiers et ses clients, les esprits se sont encore un peu plus échauffés… Un contrôle d’identité a alors eu lieu à l’extérieur du cabinet avec le consentement des deux SDF. Une fois le contrôle effectué, les deux sans-abris ont pénétré à nouveau chez leur avocate … suivis des 3 policiers qui n’avaient certainement pas envie de rentrer bredouille à la maison. Le contrôle n’ayant rien donné, il leur fallait trouver autre chose.
Un des policiers a alors sorti de son béret une « fiche pénale » soit disant active à l’encontre d’Eric. Toisant l’avocate, il déclara qu’Eric était recherché et qu’il devait l’interpeller immédiatement. Me Milhaud protesta ouvertement, expliquant qu’elle avait obtenu une relaxe pour le compte d’Eric la semaine précédente dans une autre affaire et que si une fiche pénale existait réellement, le Procureur n’aurait pas manqué de l’évoquer à l’audience. Rien n’y fit, le brigadier de la BAC persista, menaçant l’avocate qui « hébergeait des criminels » de poursuites « judiciaires entrave à la justice ».
Les policiers ont alors procédé à l’interpellation musclée d’Eric à l’intérieur du cabinet, poussant Me Milhaud qui tentait de s’interposer et faisant fi de l’inviolabilité du cabinet d’avocat.
Sous le choc, après le départ des forces de l’ordre, nous avons prévenu le Bâtonnier et j’ai rédigé une attestation écrite de ce dont je venais d’être témoin.
J’ai d’ailleurs lu dans le dernier Bulletin du Bâtonnier, le Conseil de l’ordre avait procédé à un vote de soutien en faveur de Me Milhaud
Notre consœur Nicole Marxon-Milhaud a rencontré des difficultés avec les forces de police. Elles ont pénétré dans son cabinet pour arrêter deux SDF qui tentaient de s’y réfugier avec son accord. Le bâtonnier a très fermement protesté. Connaissance prise des faits et des démarches qui avaient été mises en oeuvre, le Conseil de l’ordre a tenu à voter pour assurer Mme Marxon-Milhaud de sa solidarité sans réserve et de son total soutien aux démarches entamées par le bâtonnier.
Cet épisode me laisse un goût amer et j’ai eu l’impression d’assister impuissant à une injustice flagrante. Le lendemain j’ai écrit à Me Marxon-Milhaud pour lui offrir mon aide dans cette procédure bien que je sois absolument certain qu’elle n’ait pas besoin de moi pour y faire face.
Je la remercie en tout cas profondément car elle m’a donné, sans le savoir, l’une des meilleures leçons qu’un rapporteur peut donner à un futur avocat: le goût de se battre contre les injustices. C’est aussi pour ça que je suis devenu avocat…

[...] à l’affaire que je vous avais narrée par le menu ici (C’est aussi pour ça que je suis devenu avocat), je suis convoqué comme témoin le 25 mars prochain par l’Inspection Générale des [...]
Ce que je peux être fière de toi Thomas!…………… c’est effectivement aussi pour ça que tu es devenu avocat, et oui… beau métier, belle vocation, je reconnais ton grand coeur et ça fait trop plaisir. Heureuse de savoir que cette histoire a une suite, et bonne chance pour cette convocation. Bises.
C’est aussi pour ça. Mais alors, à l’origine, c’est pour quoi? pour qui?
Pardon par avance d’être politiquement incorrect sur le sujet de cette candide histoire, mais tout cela sent un peu la guimauve. La veuve et l’orphelin, david c/ goliath, injustice ô grand mal de tous les temps.. merci. La réalité est ailleurs, pour ne pas citer la vérité. Ce type de déclaration nourrit davantage l’ego du jeune avocat (somme toute sympathique) que les crève-la-faim.
Mots-clefs: bonne conscience, caviar, et tralala.
Cher Esq. si vous voulez qu’on en parle, mon bureau est au deuxième étage…
Au moins je n’ai pas été censuré. J’aime bien réagir sur les articles, je suis sûr que nous aurons l’occasion d’en discuter.
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